La polypose adénomateuse familiale (PAF) est une maladie héréditaire rare qui se caractérise par le développement de centaines à milliers de polypes adénomateux dans le côlon et le rectum. Sans traitement, ces polypes évoluent presque toujours en cancer colorectal avant l’âge de 40 ans.
Cette affection est causée par une mutation du gène APC (Adenomatous Polyposis Coli), transmis de façon autosomique dominante : chaque enfant d’un parent atteint a 50 % de risques d’hériter de la mutation.
La prise en charge repose sur une surveillance étroite dès l’adolescence et une chirurgie préventive (colectomie) pour réduire le risque de cancer.
Causes et transmission de la polypose adénomateuse familiale

1. Mutation génétique du gène APC
La PAF est due à une mutation du gène APC, qui joue un rôle clé dans la régulation de la croissance cellulaire dans l’intestin. Lorsqu’il est défectueux, les cellules du côlon prolifèrent de manière anarchique, entraînant la formation de polypes.
- Cette mutation est présente dès la naissance, mais les polypes apparaissent progressivement à partir de l’adolescence.
- Dans 80 % des cas, la mutation est transmise par un parent atteint.
- Dans 20 % des cas, elle résulte d’une mutation spontanée (néo-mutation), sans antécédents familiaux.
2. Types de polypose adénomateuse familiale
- PAF classique : Plus de 100 polypes coliques apparaissant dès l’adolescence.
- PAF atténuée (PAF-AF) : Moins de 100 polypes, avec un risque de cancer plus tardif (vers 50-60 ans).
- Syndrome de Gardner : Variante de la PAF avec des polypes et des tumeurs bénignes extra-intestinales (ostéomes, kystes épidermoïdes).
- Syndrome de Turcot : Association de polypes coliques et de tumeurs cérébrales (méningiomes, glioblastomes).
Symptômes et complications de la polypose adénomateuse familiale

1. Symptômes de la polypose adénomateuse familiale
La PAF évolue silencieusement pendant plusieurs années, et les premiers symptômes apparaissent souvent à l’adolescence ou au début de l’âge adulte. Ils sont liés à la présence des nombreux polypes dans le côlon et le rectum :
- Selles sanglantes ou rectorragies (sang visible dans les selles).
- Douleurs abdominales et crampes intestinales.
- Diarrhées fréquentes ou alternance diarrhée/constipation.
- Fatigue et anémie due aux saignements chroniques des polypes.
Dans la majorité des cas, ces symptômes apparaissent avant 30 ans, mais certains patients restent asymptomatiques et découvrent la maladie lors d’une coloscopie préventive.
2. Complications graves de la PAF
Sans prise en charge, la PAF entraîne des complications sévères qui peuvent mettre en jeu le pronostic vital.
- Cancer colorectal (risque > 90 % avant 40 ans)
- La transformation maligne des polypes est quasi systématique si aucun traitement chirurgical n’est effectué.
- L’apparition du cancer survient souvent vers 35-40 ans dans la PAF classique.
- Polypes dans d’autres parties du tube digestif
- Polypes gastriques et duodénaux (risque de cancer duodénal dans 5-10 % des cas).
- Risque de cancer de l’ampoule de Vater (jonction entre le pancréas et l’intestin grêle).
- Manifestations extracoloniques
- Tumeurs bénignes : Ostéomes (tumeurs osseuses bénignes), kystes cutanés, lipomes.
- Hypertrophie congénitale de l’épithélium pigmentaire de la rétine (CHRPE) : anomalies de la rétine visibles lors d’un examen ophtalmologique.
- Risque augmenté de tumeurs thyroïdiennes, hépatiques et pancréatiques.
Méthodes de dépistage et diagnostic de la polypose adénomateuse familiale
Le dépistage précoce de la polypose adénomateuse familiale (PAF) est essentiel pour prévenir le cancer colorectal et surveiller les autres complications associées.

1. Dépistage génétique : la clé du diagnostic
- Un test génétique permet d’identifier la mutation du gène APC chez les personnes à risque.
- Qui doit être testé ?
- Les enfants et les frères/sœurs d’un patient atteint (risque de 50 % d’hériter de la mutation).
- Toute personne ayant des antécédents familiaux de cancer colorectal précoce.
- Si la mutation est identifiée, une surveillance médicale intensive est mise en place dès l’adolescence.
2. Coloscopie et endoscopie : surveillance des polypes
- Coloscopie dès l’âge de 10-12 ans :
- Permet de détecter les polypes dans le côlon et le rectum.
- À renouveler tous les 1 à 2 ans si aucun polype n’est détecté.
- Endoscopie digestive haute (gastroscopie) :
- Surveillance des polypes gastriques et duodénaux (dès 25-30 ans).
3. Autres examens de surveillance
- IRM ou scanner abdominal : Évaluation des risques de tumeurs pancréatiques et hépatiques.
- Examen ophtalmologique : Recherche d’anomalies rétiniennes associées à la PAF.
- Bilan thyroïdien : Dépistage précoce des nodules thyroïdiens pouvant évoluer en cancer.
Traitements et prise en charge de la polypose adénomateuse familiale
La polypose adénomateuse familiale (PAF) nécessite une prise en charge rigoureuse pour prévenir le cancer colorectal, qui est quasi inévitable sans intervention. Le traitement repose principalement sur la chirurgie préventive, complétée par une surveillance médicale à vie.

1. La colectomie prophylactique : chirurgie préventive obligatoire
- Pourquoi ?
- Étant donné que la PAF entraîne des centaines voire des milliers de polypes dans le côlon et le rectum, le risque de cancer est supérieur à 90 % avant 40 ans.
- La colectomie (ablation totale ou partielle du côlon) est le seul moyen d’éviter l’évolution maligne des polypes.
- Quand intervenir ?
- En général, la chirurgie est réalisée entre 15 et 25 ans, avant l’apparition du cancer.
- Elle peut être retardée en cas de PAF atténuée (moins de 100 polypes).
- En cas de polypes agressifs, une intervention plus précoce peut être nécessaire.
- Types d’interventions possibles :
- Colectomie totale avec anastomose iléo-rectale :
- Conservation du rectum avec surveillance régulière (nécessite une coloscopie fréquente pour détecter les polypes résiduels).
- Proctocolectomie avec anastomose iléo-anale :
- Le rectum est également retiré, et l’intestin grêle est raccordé directement à l’anus.
- Proctocolectomie avec iléostomie définitive :
- Solution plus radicale avec création d’une stomie (poche externe pour recueillir les selles).
- Colectomie totale avec anastomose iléo-rectale :
2. Surveillance post-chirurgie et gestion des polypes résiduels
Même après une colectomie, une surveillance à vie est indispensable, car des polypes peuvent apparaître dans d’autres parties du tube digestif :
- Endoscopie haute tous les 1 à 3 ans pour surveiller les polypes gastriques et duodénaux.
- Coloscopie en cas de conservation du rectum pour éliminer les polypes persistants.
- Bilan thyroïdien annuel pour détecter précocement d’éventuelles tumeurs.
3. Traitements médicamenteux : un complément mais pas une alternative à la chirurgie
Certains médicaments peuvent ralentir l’apparition des polypes, mais ils ne remplacent pas la chirurgie :
- AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens) comme le célécoxib :
- Réduction du nombre et de la taille des polypes, mais effet limité.
- Aspirine à faible dose :
- Peut avoir un effet protecteur contre la formation de nouveaux polypes.
4. Hygiène de vie et prévention des complications
- Alimentation équilibrée : Riche en fibres, faible en viandes rouges et en graisses saturées.
- Éviter le tabac et l’alcool, qui augmentent le risque de complications digestives.
- Activité physique régulière, qui aide à prévenir d’autres maladies associées.
Conclusion
La polypose adénomateuse familiale est une maladie héréditaire grave qui évolue inexorablement vers un cancer colorectal si elle n’est pas traitée. La chirurgie préventive (colectomie) est essentielle pour réduire ce risque. Une surveillance médicale étroite à vie est indispensable, même après l’intervention, pour détecter et gérer d’éventuelles complications.

