La maladie de Charcot (SLA) est‑elle héréditaire ? Oui, dans une minorité de cas. Concrètement, seulement 5 à 10 % des diagnostics correspondent à une forme dite « familiale » : la pathologie se transmet alors d’un parent à son enfant par une mutation génétique identifiée. Dans les 90 à 95 % restants, la maladie survient de façon sporadique, sans aucun antécédent familial. Pourtant, même dans ces formes apparemment isolées, l’ADN peut jouer un rôle plus subtil, par le biais de variants de susceptibilité ou de mutations nouvellement apparues. Ce guide complet vous explique tout, depuis les bases de la génétique jusqu’aux recommandations pratiques pour les familles.
📊 Récapitulatif rapide : le rôle de l’hérédité dans la SLA






| Aspect | Donnée clé | Ce que cela change pour vous |
|---|---|---|
| Part des cas héréditaires | 5 à 10 % des SLA (forms familiales) | La grande majorité des personnes malades n’ont pas d’antécédent familial. |
| Gènes majeurs impliqués | C9orf72 (40‑50 %), SOD1 (15‑20 %), TARDBP, FUS | Des tests génétiques ciblés sont disponibles et remboursés. |
| Transmission la plus fréquente | Autosomique dominante | Un parent malade transmet la mutation dans 50 % des cas à chaque enfant. |
| Âge d’apparition | 50‑70 ans en moyenne, mais parfois avant 30 ans | Les formes héréditaires peuvent survenir plus tôt. |
| Recours recommandé | Consultation de conseil génétique avant tout test | Un accompagnement obligatoire pour comprendre les enjeux familiaux. |
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Une question qui revient souvent : la SLA est-elle toujours transmise par les parents ?






Beaucoup de patients et de leurs proches s’inquiètent naturellement du risque de transmission. Je vous rassure tout de suite : la maladie de Charcot n’est pas systématiquement héréditaire. Dans l’immense majorité des cas, elle se déclare sans qu’aucun autre membre de la famille ne soit touché. On parle alors de SLA sporadique (sALS), qui représente environ 90 % de l’ensemble des diagnostics.
À l’inverse, pour une minorité de personnes (environ une sur dix), la pathologie s’inscrit dans un cadre très clairement familial. Dans ce cas, plusieurs générations peuvent être concernées. Il ne s’agit pas d’une fatalité pour autant : même lorsqu’une mutation est présente, son expression varie. Certains porteurs ne développeront jamais la maladie, ou seulement très tard. C’est ce qu’on appelle la pénétrance incomplète.
Quels gènes sont responsables de la SLA héréditaire ?






Le gène C9orf72 : la cause la plus fréquente en Europe
Le gène C9orf72 est de loin le plus souvent en cause dans les formes familiales de SLA en Europe. Sa particularité tient à son mode d’altération : au lieu d’une simple modification d’une lettre de l’ADN, on observe une expansion anormale d’une séquence répétée. Normalement, cette séquence (GGGGCC) est présente quelques dizaines de fois. Chez les malades, elle peut se répéter plusieurs centaines, voire milliers de fois. Ce phénomène perturbe profondément le fonctionnement des neurones.
Cette mutation est d’autant plus intéressante qu’elle est également retrouvée dans 5 à 10 % des cas sporadiques. Cela brouille la frontière entre formes familiales et formes apparemment isolées. Par ailleurs, C9orf72 est souvent associé à des troubles cognitifs, pouvant aller jusqu’à une démence fronto-temporale. Un même gène peut donc provoquer des tableaux cliniques différents au sein d’une même famille.
SOD1, TARDBP et FUS : les trois autres piliers génétiques
Le gène SOD1 a été le premier identifié, en 1993. Il code pour une enzyme antioxydante. Ses mutations conduisent à la formation d’agrégats toxiques qui tuent progressivement les motoneurones. Elles représentent environ 15 à 20 % des cas héréditaires. Une bonne nouvelle : c’est précisément ce gène qui est aujourd’hui la cible d’un traitement innovant, le Tofersen, une thérapie génique qui a montré des résultats encourageants.
Les gènes TARDBP et FUS sont impliqués dans le métabolisme de l’ARN. Leurs mutations sont plus rares (environ 2 à 5 % des formes familiales chacune). Leur découverte a été capitale car les protéines anormales qu’elles produisent (TDP‑43 et FUS) s’accumulent également dans les neurones des patients atteints de SLA sporadique. Ainsi, la recherche sur les formes rares éclaire les mécanismes des formes communes.
À retenir : plus de 40 gènes différents ont aujourd’hui été associés à la maladie de Charcot, mais les quatre ci‑dessus expliquent à eux seuls la majorité des cas familiaux dans les populations européennes.
Transmission : comment la maladie se propage-t-elle au sein d’une même famille ?






Le mode dominant : le plus fréquent et le plus simple à comprendre
Dans l’écrasante majorité des familles touchées par une SLA héréditaire, la transmission suit un schéma autosomique dominant. Concrètement, cela signifie qu’une seule copie altérée du gène, héritée d’un parent malade, suffit pour que l’enfant soit à risque. La probabilité pour chaque enfant d’un parent atteint est donc de 50 % de recevoir la mutation. C’est le même mécanisme que pour la chorée de Huntington.
Une nuance importante : recevoir la mutation ne garantit pas de développer la maladie. On parle de pénétrance. Pour certains gènes comme SOD1, presque tous les porteurs deviennent malades s’ils vivent assez vieux. Pour d’autres, comme C9orf72, le risque est élevé mais pas absolu, et l’âge de début est très variable (de 30 à plus de 80 ans).
Les autres modes possibles (plus rares)
Il existe des exceptions. Dans quelques familles, la transmission est autosomique récessive : il faut alors que l’enfant hérite d’une mutation des deux parents, qui sont eux‑mêmes porteurs sains. C’est par exemple le cas pour certaines mutations du gène SPG11. Dans d’autres cas, le défaut génétique est porté par le chromosome X. Les hommes sont alors majoritairement touchés, tandis que les femmes sont simplement conductrices. Ces situations restent exceptionnelles, mais elles justifient une enquête familiale approfondie par des spécialistes.
Peut-on être porteur d’une mutation sans jamais tomber malade ?






Oui, c’est même un phénomène bien connu. On l’appelle la pénétrance incomplète. De nombreuses personnes héritent d’une mutation dite pathogène mais ne présentent aucun symptôme, y compris à un âge avancé. Cela peut s’expliquer par plusieurs mécanismes : l’existence d’autres gènes protecteurs, des facteurs environnementaux favorables, ou tout simplement le hasard biologique.
Cette situation complique considérablement l’interprétation des tests génétiques. Imaginatez que vous soyez porteur d’une mutation de C9orf72 à 60 ans sans aucun signe. Votre enfant, lui, pourrait développer la maladie dès 45 ans. Le conseil génétique doit donc intégrer cette incertitude et ne jamais présenter la génétique comme une fatalité mécanique.
Faut-il faire un test génétique ? Comment cela se passe ?






Qui peut demander une analyse ?
Aujourd’hui, un test génétique est systématiquement proposé aux patients dans plusieurs situations :
- en présence d’antécédents familiaux de SLA ou de démence fronto-temporale (DFT) ;
- chez les patients jeunes, notamment ceux dont la maladie débute avant 50 ans ;
- en cas de symptômes atypiques évoquant une forme génétique (atteinte cognitive précoce, début très lent ou au contraire foudroyant).
De plus en plus de centres le proposent également pour les formes sporadiques, ne serait‑ce que pour évaluer l’éligibilité à un essai thérapeutique ciblé. Le test porte souvent sur un panel de plusieurs gènes (jusqu’à 40), ce qui permet d’explorer toutes les pistes en une seule analyse.
Le déroulement concret et l’importance du conseil
Le prélèvement est simple : une prise de sang ou un frottis salivaire. L’ADN est ensuite extrait et séquencé dans un laboratoire agréé. Les résultats sont généralement rendus en quelques semaines (jusqu’à plusieurs mois pour les analyses les plus complexes). Mais l’étape la plus importante se déroule avant : elle s’appelle le conseil génétique.
Ce conseil, obligatoire, est mené par un médecin généticien ou un neurologue spécialement formé. Il a plusieurs objectifs :
- expliquer ce qu’un test peut – et ne peut pas – révéler ;
- évaluer les conséquences potentielles pour la personne testée, mais aussi pour ses enfants, frères et sœurs, voire ses parents ;
- aider à prendre une décision éclairée, parfois douloureuse, sur le fait de savoir ou non.
Un second entretien a lieu après les résultats, pour les interpréter et discuter des éventuelles démarches familiales.
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Les facteurs environnementaux : une pièce manquante du puzzle






Vous l’aurez compris, la génétique n’explique pas tout. Pour la grande majorité des patients sans antécédent familial, l’apparition de la maladie reste mystérieuse. Plusieurs pistes environnementales sont explorées.
Des études épidémiologiques ont montré une légère sur‑représentation de certains profils :
- les militaires ayant participé à la guerre du Golfe ;
- les sportifs de haut niveau, notamment les footballeurs et rugbymen (hypothèse des chocs répétés) ;
- les personnes exposées à certains pesticides ou toxines industrielles ;
- les fumeurs (facteur de risque le plus souvent cité, même si la preuve définitive n’est pas encore acquise).
Aucun de ces facteurs n’est à lui seul une cause certaine. Mais ils pourraient agir comme des déclencheurs chez des personnes génétiquement prédisposées. C’est le modèle multifactoriel, qui domine aujourd’hui la recherche sur la SLA sporadique.
En pratique : que faire si la maladie a déjà touché un proche ?






Si vous avez un parent ou un grand‑parent atteint de la maladie de Charcot, il est naturel de vous interroger sur votre propre risque. Voici les étapes recommandées par les filières de soins spécialisées (FILSLAN) :
- Consultez d’abord un neurologue d’un centre SLA référent. Il pourra confirmer le diagnostic du proche et évaluer s’il existe ou non une forme familiale.
- Réalisez un arbre généalogique au moins sur trois générations, en notant toutes les pathologies neurologiques (démences, parkinson, etc.). Cela aide le généticien à orienter les analyses.
- Discutez d’une éventuelle consultation de conseil génétique. Même en l’absence de symptômes, vous pouvez bénéficier d’une information personnalisée.
- Ne faites jamais de test génétique « en direct » par des laboratoires privés sans accompagnement. Les conséquences psychologiques et familiales sont trop lourdes.
Il est important de noter qu’en l’absence de symptômes et de mutation connue dans la famille, le risque pour un enfant d’une personne sporadique reste très faible, équivalent à celui de la population générale (environ 2 nouveaux cas par an pour 100 000 habitants).
Vers des traitements personnalisés grâce à la génétique






La connaissance des gènes impliqués dans la SLA a radicalement changé la recherche thérapeutique. Il y a encore dix ans, tous les patients recevaient les mêmes traitements, avec une efficacité limitée. Aujourd’hui, on entre dans l’ère de la médecine de précision. Connaître la mutation permet d’orienter le patient vers un essai clinique spécifique.
L’exemple le plus marquant est celui du gène SOD1. Le médicament Tofersen (ou Qalsody) a été développé spécifiquement pour neutraliser l’ARN messager toxique produit par ce gène. Dans les essais, il a montré une réduction significative de la progression de la maladie chez les porteurs de la mutation. C’est la première thérapie causale, qui n’est certes accessible qu’à une minorité de patients (moins de 2 % de l’ensemble des SLA), mais qui ouvre la voie pour d’autres cibles génétiques.
Des approches similaires sont en cours pour C9orf72 (thérapies antisens), et pour TARDBP. Connaître son profil génétique n’est donc pas qu’une information théorique : c’est parfois la clé d’un traitement.
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Un message d’espoir et de responsabilité






Je ne vais pas cacher que la maladie de Charcot reste à ce jour incurable et d’un pronostic sévère. Cependant, comprendre son héritabilité, c’est aussi apprendre à ne plus avoir peur de ce que l’on ne maîtrise pas. Pour la très grande majorité des patients, la SLA n’est pas une maladie qui se transmet. Pour les familles touchées par une forme héréditaire, le conseil génétique offre un cadre pour évaluer les risques et préparer l’avenir sans céder à la panique.
Si cet article a éveillé votre curiosité ou votre inquiétude, rapprochez‑vous d’un Centre SLA régional. Les neurologues et généticiens de la filière FILSLAN sont formés pour répondre à vos questions, quels que soient vos antécédents familiaux. La connaissance de la maladie progresse chaque année, et la génétique est désormais un allié, non plus une fatalité.

